Pendant des années, le secteur informatique s’est résumé à une seule priorité : vendre du nouveau matériel. Aujourd’hui, un tout nouveau marché émerge autour de ce qu’il advient de ces équipements lorsqu’ils sont remplacés. L’entreprise familiale belge Out of Use avait anticipé cette évolution il y a plus de quinze ans. Ce qui n’était au départ qu’un spécialiste du recyclage est devenu un acteur innovant de l’IT Asset Disposition (ITAD), redonnant une valeur économique aux équipements informatiques amortis. Une évolution qui ouvre de nouvelles perspectives aux revendeurs, aux MSP et aux clients finaux.
Des cow-boys aux directeurs financiers
Selon Eddy Bergiers, actif depuis plus de quarante ans dans le channel IT, le secteur n’a plus grand-chose à voir avec celui des années 1980 et 1990.
« À l’époque, le monde de la distribution ressemblait à un véritable Far West », raconte-t-il avec le sourire. « Une marge brute de 18 % était presque la norme. Aujourd’hui, si un distributeur atteint encore 18 %, il peut inviter tout le village à un barbecue. »
Cette remarque illustre parfaitement l’évolution du channel au cours des dernières décennies. Là où le matériel constituait autrefois le principal moteur des bénéfices, les marges sont désormais extrêmement faibles et tout repose sur les volumes, l’efficacité opérationnelle et les services.
« Les grands distributeurs sont devenus, en quelque sorte, des institutions financières qui vendent aussi des produits informatiques », poursuit Bergiers.
C’est précisément pour cette raison que les revendeurs, distributeurs et Managed Service Providers recherchent en permanence de nouveaux services à forte valeur ajoutée. Le cloud, les services managés et la cybersécurité ont ouvert la voie. Aujourd’hui, une nouvelle discipline s’impose progressivement : l’IT Asset Disposition (ITAD), qui ne se limite plus à l’installation de nouveaux équipements, mais intègre également la gestion sécurisée et durable du matériel en fin de vie comme une composante à part entière de l’offre de services.
Depuis son site de Beringen, Out of Use traite chaque jour des centaines d’équipements qui retrouvent une seconde vie ou, lorsque cela n’est plus possible, sont recyclés de manière responsable. Et il ne s’agit plus uniquement de gestion des déchets : l’effacement sécurisé des données, le reconditionnement, le reporting ESG et la valorisation financière sont désormais tout aussi essentiels.
D’une entreprise de recyclage à un spécialiste de l’IT circulaire
Out of Use a été fondée en 2009 par Mark Adriaenssens, qui avait longtemps travaillé chez Coolrec, la division recyclage de l’ancien groupe Van Gansewinkel. Fort de cette expérience, il souhaitait offrir aux entreprises un partenaire fiable pour le traitement de leurs équipements électroniques en fin de vie.
« Lorsque nous avons démarré, notre priorité était simplement de recycler correctement les équipements », explique l’actuel CEO Yannick Adriaenssens. « Mais nous nous sommes rapidement rendu compte que de nombreux appareils étaient encore parfaitement fonctionnels. Pourquoi détruire un ordinateur portable qui peut encore servir plusieurs années ? »
Cette réflexion a profondément transformé la stratégie de l’entreprise. Le recyclage n’est plus la première étape, mais la toute dernière. Aujourd’hui, chaque appareil est d’abord évalué afin de déterminer s’il peut être réutilisé. Ce n’est que lorsque cette option n’est plus techniquement ou économiquement pertinente que les matériaux sont récupérés.
« Un appareil auquel on offre une seconde vie crée bien davantage de valeur qu’un équipement immédiatement recyclé », souligne Adriaenssens. « Et cette valeur est aussi bien économique qu’environnementale. »
La deuxième génération apporte une nouvelle vision
Une étape importante dans le développement d’Out of Use est arrivée avec l’entrée de la deuxième génération familiale.
Fait remarquable, Yannick Adriaenssens n’a pas commencé sa carrière dans le secteur IT. Après plusieurs fonctions chez ING, où il accompagnait notamment des clients Corporate internationaux à New York, puis chez Febelfin, il a acquis une solide expérience en finance, en stratégie et en économie.
Il rejoint l’entreprise familiale en 2020 comme COO avant d’en prendre la direction en tant que CEO en 2024.
Cette approche financière a profondément modifié la manière d’aborder les équipements informatiques amortis.
« Mon père venait du monde du recyclage. Moi, je considère avant tout ces équipements comme des actifs. Au fond, nous ne gérons pas des déchets, mais des biens qui conservent souvent une valeur économique importante. »
Cette philosophie se retrouve aujourd’hui dans l’ensemble des services proposés par Out of Use. L’entreprise ne vend plus du recyclage : elle aide les organisations à extraire un maximum de valeur de leur parc informatique arrivé en fin de cycle.
Les données valent souvent plus que le matériel
Lorsqu’une entreprise remplace aujourd’hui ses ordinateurs portables ou ses serveurs, sa principale préoccupation ne concerne généralement plus les équipements eux-mêmes, mais bien les données qu’ils contiennent.
C’est pourquoi la destruction sécurisée des données est devenue une activité stratégique.
Out of Use propose aussi bien l’effacement logiciel certifié que la destruction physique des supports de stockage, selon les exigences du client. Ces opérations peuvent être réalisées directement sur site ou dans les installations hautement sécurisées de l’entreprise, avec les certifications nécessaires à chaque étape.
« Dans un monde marqué par le RGPD, la directive NIS2 et des exigences de conformité toujours plus strictes, les entreprises veulent une certitude absolue sur le devenir de leurs données. Aujourd’hui, cet aspect est devenu au moins aussi important que le traitement du matériel lui-même. »
D’un centre de coûts à une source de revenus
Plus surprenant encore est le modèle économique développé par Out of Use.
Alors que de nombreuses organisations considèrent encore leur ancien matériel informatique comme un simple coût à éliminer, l’entreprise y voit une véritable source de création de valeur.
Les clients peuvent choisir de vendre immédiatement leurs équipements à Out of Use, mais ils sont de plus en plus nombreux à opter pour un modèle de Revenue Share. Dans ce cas, Out of Use récupère gratuitement le matériel, efface l’ensemble des données, teste les appareils, les reconditionne puis les revend sur le marché. Les revenus générés sont ensuite partagés avec le client.
« Beaucoup d’entreprises sont surprises par la valeur que représente encore leur ancien parc informatique », explique Yannick Adriaenssens. « Le renouvellement du matériel ne constitue donc plus uniquement un investissement : une partie de celui-ci peut désormais s’autofinancer. »
Pourquoi cette évolution intéresse aussi les MSP
Selon Yannick Adriaenssens, le rôle des revendeurs et des Managed Service Providers est lui aussi en pleine mutation. C’est précisément dans cette optique que l’expérience et le vaste réseau d’Eddy Bergiers représentent aujourd’hui un atout majeur pour Out of Use.
Les clients n’attendent plus uniquement la livraison et l’installation de nouveaux équipements. Ils recherchent désormais un partenaire capable de gérer l’ensemble du cycle de vie de leur infrastructure IT : inventaire du parc, collecte des anciens équipements, effacement sécurisé des données, reporting, recyclage, reconditionnement et valorisation financière.
« L’IT Asset Disposition devient progressivement un véritable service à part entière. Pour les partenaires, cela représente une nouvelle opportunité de créer davantage de valeur et de générer des revenus supplémentaires. »
Cette évolution s’inscrit parfaitement dans les préoccupations croissantes autour de la durabilité, de l’économie circulaire et des obligations de reporting ESG.
Trois activités, une seule philosophie
Si Out of Use est principalement connue pour ses activités liées à l’informatique, l’entreprise s’appuie aujourd’hui sur trois piliers complémentaires.
Le premier reste naturellement le traitement des équipements IT, qu’il s’agisse de postes de travail individuels ou de centres de données complets.
« L’année dernière, nous avons entièrement démantelé un datacenter, y compris les installations de refroidissement et toutes les conduites en cuivre », illustre Yannick Adriaenssens.
Le deuxième pilier est consacré à l’e-mobilité. Cette division teste notamment les airbags ainsi que les batteries issues de véhicules électriques afin d’évaluer leur potentiel pour une seconde utilisation avant leur recyclage.
Enfin, Out of Use développe BackinUse.be, sa boutique en ligne spécialisée dans la vente directe d’ordinateurs portables, smartphones et autres équipements IT reconditionnés, tant aux entreprises qu’aux particuliers.
En supprimant les intermédiaires, une plus grande partie de la valeur est préservée. L’un des exemples les plus parlants est le partenariat avec ING, qui permet aux collaborateurs de racheter leur ancien ordinateur professionnel à un tarif avantageux.
Des ambitions européennes, sans fonds d’investissement
Out of Use emploie aujourd’hui près de 60 collaborateurs et est active en Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg, en France et en Allemagne.
L’objectif est clair : devenir, dans les prochaines années, un acteur de référence de l’IT Asset Disposition en Europe occidentale.
Fait remarquable, cette croissance doit rester entièrement indépendante.
« Nous sommes régulièrement approchés par des investisseurs, mais nous avons volontairement choisi de conserver notre indépendance. Cela nous permet de préserver notre culture d’entreprise et d’investir avec une vision à long terme. »
Parallèlement, Out of Use investit massivement dans l’automatisation et l’intelligence artificielle afin d’identifier, trier et traiter les équipements toujours plus rapidement.
Bien plus qu’une entreprise de recyclage
Après un entretien avec Yannick Adriaenssens, une chose apparaît clairement : Out of Use ne se considère plus depuis longtemps comme une simple entreprise de recyclage.
L’entreprise se positionne désormais comme un partenaire qui accompagne les organisations tout au long du cycle de vie de leurs actifs informatiques : effacement sécurisé des données, reconditionnement, reporting ESG, valorisation financière et gestion responsable des équipements.
Elle répond ainsi à une évolution qui devrait prendre une importance croissante au sein du channel IT dans les années à venir. Tout comme le cloud et les services managés ont ouvert de nouveaux marchés, l’IT Asset Disposition semble en passe de devenir un nouveau domaine d’expertise pour les revendeurs et les MSP.
Pour Out of Use, le message est limpide : l’avenir de l’informatique ne se résume plus aux nouvelles technologies. Il se joue aussi dans ce qui se passe après leur remplacement. Et c’est précisément là que l’entreprise familiale belge voit l’une des plus importantes opportunités de croissance pour le channel.
L’essentiel
Pendant longtemps, la chaîne de valeur du matériel informatique s’arrêtait au moment de la vente. Désormais, l’attention se porte de plus en plus sur l’ensemble du cycle de vie des équipements.
Pour les revendeurs et les Managed Service Providers, l’IT Asset Disposition représente une nouvelle opportunité de proposer des services à forte valeur ajoutée autour de l’effacement sécurisé des données, du reconditionnement, du reporting ESG et de l’économie circulaire.
En d’autres termes, la fin de vie du matériel n’est plus une simple charge opérationnelle : elle devient un nouveau modèle économique, créateur de valeur aussi bien pour les partenaires que pour leurs clients.
