Trois acteurs technologiques belges s’associent afin de permettre aux entreprises de mieux contrôler leurs coûts liés à l’IA et leurs données d’entreprise. Combell, delaware et imec annoncent le lancement de l’European Sovereign AI Cloud (ESAI), une initiative commune qui associe une infrastructure d’IA privée hébergée dans des centres de données européens à une gouvernance de l’IA et à l’optimisation des modèles. Ils souhaitent ainsi proposer une alternative aux organisations qui ne souhaitent pas dépendre entièrement des grandes plateformes d’IA américaines.
Les trois parties ont signé, le 28 octobre, une lettre d’intention visant à commercialiser ESAI. Cette initiative répond à un défi croissant pour les entreprises : les collaborateurs utilisent de plus en plus souvent des applications d’IA, mais le contrôle des coûts, des modèles utilisés et du traitement des données d’entreprise ne suit pas toujours ce rythme.
Pour de nombreuses organisations, l’IA devient ainsi non seulement un défi technologique, mais aussi un défi financier et stratégique.
Trois acteurs belges, chacun doté de son expertise propre
Cette collaboration réunit trois domaines d’expertise complémentaires.
delaware se charge du conseil, de la mise en œuvre et de la gestion. L’entreprise analyse l’utilisation de l’IA par ses clients et développe un environnement centralisé permettant aux organisations de gérer et de contrôler leurs différentes applications d’IA.
Combell, qui fait partie du groupe européen team.blue, fournit l’infrastructure sous-jacente. Il s’agit de serveurs GPU dédiés situés dans des centres de données européens, gérés intégralement pour le compte du client.
imec apporte son expertise en matière de recherche et développement pour évaluer et optimiser les modèles d’IA. Les modèles sont ainsi testés sur les applications et les documents réels du client, plutôt que sur la seule base de benchmarks généraux.
Cette offre conjointe doit permettre aux organisations de déterminer elles-mêmes quels modèles d’IA elles utilisent, où leurs données sont traitées et quel budget elles consacrent à l’IA.
L’utilisation de l’IA progresse plus vite que les moyens de contrôle
La raison de cette initiative est évidente. Les applications d’IA s’imposent de plus en plus sur le lieu de travail, alors que de nombreuses entreprises n’ont pas une visibilité suffisante sur leur utilisation.
Selon les chiffres de Netskope, près de la moitié des employés qui utilisent l’IA générative le font via un compte personnel. Flexera constate quant à elle que plus d’un tiers des organisations ne soumettent pas l’utilisation de l’IA à un budget.
Delaware a également été confrontée à ce défi en interne. Entre mai et août 2026, l’utilisation de l’IA au sein de l’entreprise a augmenté en moyenne de 41 % par mois.
« Les coûts liés à l’IA peuvent grimper à l’insu de tous, tandis que les employés utilisent parfois des outils personnels par lesquels des données d’entreprise échappent au contrôle de l’organisation. Interdire cette utilisation sans proposer d’alternative n’est pas une solution réaliste », explique Bart Van Kerkhoven, associé chez delaware.
Selon Benjamin Jacobs, directeur chez delaware, la hausse des coûts internes liés aux outils d’IA a été un facteur déterminant dans la décision de développer une infrastructure propre en collaboration avec Combell et imec.
M. Jacobs n’est d’ailleurs pas un inconnu chez Combell. Il y a occupé le poste de directeur technique (CTO) pendant de nombreuses années, avant de prendre la tête de Sentia, le spécialiste des services gérés issu de Combell. Après le rachat de Sentia, il a rejoint delaware avec quinze anciens collègues.
Un portail unique pour différents modèles d’IA
Au cœur de l’offre se trouve une passerelle d’IA développée par delaware qui permet aux entreprises de gérer l’utilisation des applications d’IA à partir d’un environnement unique.
Grâce à cette passerelle, les organisations peuvent notamment suivre les budgets par service, filtrer les données sensibles et déterminer quels modèles d’IA peuvent être utilisés pour quelles applications.
Pour cela, les entreprises ne doivent pas nécessairement remplacer leurs outils d’IA existants. En fonction de l’application, une requête peut être redirigée vers un modèle d’IA externe ou vers leur propre infrastructure d’IA privée.
Cette dernière option est particulièrement intéressante pour les organisations qui traitent des données sensibles, souhaitent bénéficier de coûts plus prévisibles ou veulent réduire leur dépendance vis-à-vis des fournisseurs d’IA externes.
Une infrastructure européenne comme alternative
Pour Combell, ce partenariat constitue un élargissement de ses activités existantes dans les domaines de l’hébergement, du cloud et de l’infrastructure gérée.
Via team.blue, l’entreprise dispose d’une capacité de centres de données sur plus de trente sites européens et souhaite également mettre cette infrastructure au service d’applications d’IA privées.
« Les clients veulent savoir où leur IA est exécutée et quel en sera le coût une fois que l’ensemble de l’organisation l’utilisera. Notre réponse est concrète : des GPU propres dans des centres de données européens et une capacité prévisible pour l’IA privée », déclare Simon Van der Heyden, directeur général de Combell.
Jonas Dhaenens, fondateur et président de team.blue, souligne également l’importance du contrôle local et d’une prestation de services gérée.
Pour les clients, l’offre doit offrir les mêmes garanties que celles dont bénéficie leur infrastructure critique existante : assistance, capacité prévisible et traitement des données au sein de l’Europe.
De nouvelles opportunités pour les prestataires de services informatiques belges ?
La collaboration entre Combell, delaware et imec s’inscrit dans une évolution plus large où l’IA est de plus en plus souvent proposée sous la forme d’un service informatique géré.
Pour les intégrateurs, les spécialistes du cloud et les MSP, cela ouvre de nouvelles perspectives en matière de gouvernance de l’IA, de gestion des infrastructures, de cybersécurité et d’optimisation des coûts.
Alors qu’aujourd’hui, de nombreux projets d’IA s’articulent encore autour d’expérimentations ou d’applications individuelles, l’attention se porte désormais sur l’intégration et la gestion de l’IA au sein de l’ensemble de l’environnement d’entreprise.
Cela exige non seulement une expertise technologique, mais aussi une connaissance des processus métier, de la conformité et des infrastructures.
Cette collaboration montre en outre comment les entreprises technologiques belges peuvent combiner différents domaines d’expertise afin de se forger une position propre sur un marché fortement dominé par les hyperscalers internationaux.
On ignore pour l’instant si ESAI sera également proposé à l’avenir via un réseau de partenaires plus large. Pour l’instant, les trois entreprises se positionnent elles-mêmes comme les prestataires de cette offre de services intégrée.
Les premiers entretiens avec les clients sont en cours
ESAI en est actuellement à sa phase de lancement. Les partenaires ont signé une lettre d’intention et mènent déjà les premiers entretiens avec des clients potentiels.
Les organisations peuvent commencer par analyser leur utilisation actuelle de l’IA, les coûts associés et les possibilités de transférer certaines applications vers une infrastructure européenne privée.
Avec cette initiative, Combell, delaware et imec souhaitent démontrer que la souveraineté européenne en matière de données ne signifie pas nécessairement que les entreprises doivent renoncer à leur flexibilité ou à leurs capacités technologiques.
La question qui se pose désormais est de savoir si cette initiative belge pourra également se développer sur le plan commercial pour devenir une alternative à part entière aux services d’IA proposés par les grands acteurs internationaux du cloud.
Plus d’informations : www.esai.cloud
