La société néerlandaise ilionx va désormais également surveiller les agents IA depuis son centre d’opérations de sécurité (SOC). Pour ce faire, ce prestataire de services informatiques collabore avec Noma Security. Ce partenariat continue de se développer au Benelux et pose un nouveau défi au marché belge de la sécurité : la surveillance des agents IA deviendra-t-elle bientôt une composante standard des services SOC et MDR ?
L’IA fait de plus en plus rapidement son entrée dans les entreprises belges. Non seulement sous la forme de ChatGPT, Copilot et d’autres outils d’IA générative, mais aussi, de plus en plus souvent, via des agents IA qui traitent de manière autonome des informations, interagissent avec des applications et peuvent effectuer des actions.
Cela pose un nouveau problème aux équipes de sécurité. Elles doivent non seulement savoir quels utilisateurs et appareils ont accès aux données de l’entreprise, mais désormais aussi quels agents IA sont actifs, de quels droits ils disposent, quelles données ils utilisent et ce qu’ils font exactement.
La société néerlandaise ilionx tente actuellement d’intégrer cette nouvelle couche de sécurité dans ses services SOC existants.
Les agents IA passent sous la supervision du SOC
Pour ce faire, ilionx va collaborer avec Noma Security, un prestataire spécialisé dans la sécurité de l’IA. La plateforme de Noma recense les agents IA au sein d’une organisation, enregistre les données et les systèmes auxquels ils ont accès et détecte les comportements potentiellement à risque.
ilionx intègre cette technologie directement dans son propre centre d’opérations de sécurité (SOC). Selon les deux entreprises, les premiers clients utilisent déjà cette offre conjointe et la collaboration devrait s’étendre davantage au Benelux.
Le SOC traditionnel se voit ainsi confier une nouvelle catégorie d’objets à surveiller.
Alors qu’à l’origine, les analystes du SOC surveillaient principalement les réseaux, les serveurs et les terminaux, les environnements cloud, les identités, les applications SaaS et la messagerie électronique sont venus s’y ajouter ces dernières années. Avec l’IA agentique, une nouvelle couche vient désormais s’ajouter à cette infrastructure.
Ce n’est pas anodin. En effet, un agent IA peut aller plus loin qu’un utilisateur classique de l’IA générative. Les agents peuvent accéder aux applications d’entreprise, aux bases de données et aux API, puis effectuer des actions de manière autonome.
La Belgique adopte l’IA plus vite qu’elle ne la sécurise
Pour la Belgique, cette évolution est particulièrement pertinente.
Le rapport « Cybersecurity Report 2026 » de Proximus NXT révèle que 81 % des organisations belges autorisent déjà leurs collaborateurs à utiliser des outils d’IA. En revanche, seules 29 % disposent d’une politique formelle en matière d’IA.
Plus frappant encore du point de vue de la sécurité : à peine 26 % des organisations belges ont adapté leur stratégie de cybersécurité aux récentes évolutions en matière d’IA.
En d’autres termes, un fossé se creuse entre la vitesse à laquelle les entreprises adoptent l’IA et celle à laquelle la sécurité et la gouvernance suivent le mouvement.
Pour les prestataires belges de services SOC et MDR, cela crée un nouveau marché.
Le marché belge des SOC se voit confier une nouvelle mission
La Belgique dispose désormais d’un écosystème assez étendu d’entreprises proposant des services SOC, MDR et de sécurité gérée. De grands acteurs tels que Proximus NXT et Cegeka sont actifs sur ce marché, aux côtés d’entreprises spécialisées dans la cybersécurité comme NVISO, Approach Cyber et d’autres acteurs locaux.
Proximus NXT, à lui seul, compte plus de 350 experts en sécurité qui surveillent les menaces 24 h/24 et 7 j/7 et propose, entre autres, des services de « Managed Extended Detection & Response ».
Pour ces acteurs, la question est désormais de savoir à quelle vitesse la surveillance par IA doit être intégrée à leur offre de services existante.
Un SOC devra-t-il, par exemple, être capable à l’avenir de détecter automatiquement quels agents IA sont actifs chez un client ? Les analystes en sécurité devront-ils pouvoir voir quelles données d’entreprise un agent consulte ? Et qui interviendra lorsqu’un agent présentera soudainement un comportement anormal ou tentera d’accéder à des informations auxquelles il n’est pas censé avoir accès ?
Une nouvelle opportunité pour les MSP
Cela présente également un intérêt pour les MSP belges.
Mettre en place soi-même un SOC fonctionnant 24 h/24 et 7 j/7 est difficile pour de nombreux prestataires de services informatiques. Cela nécessite des profils spécialisés, une technologie adaptée et une surveillance permanente. C’est pourquoi les MSP achètent déjà aujourd’hui des capacités de sécurité auprès de MSSP et de fournisseurs MDR spécialisés, ou construisent leur offre de sécurité gérée autour des technologies proposées par les éditeurs de solutions de sécurité.
L’IA peut venir compléter cette offre par un nouveau service géré.
Un MSP pourrait non seulement aider ses clients à mettre en œuvre Microsoft Copilot, ChatGPT Enterprise ou d’autres solutions d’IA, mais aussi à contrôler en permanence quelles applications et quels agents d’IA sont utilisés, ainsi que les risques qui y sont associés.
Cela s’inscrit d’ailleurs dans la tendance vers la shadow AI : des collaborateurs et des services qui utilisent des outils d’IA sans que le service informatique n’en ait une visibilité complète.
Avec les agents autonomes, ce problème devient encore plus complexe. Il ne s’agit plus seulement d’un collaborateur qui saisit des informations dans un outil d’IA, mais potentiellement d’un logiciel qui accède de manière autonome aux systèmes et exécute des actions.
De la sécurité gérée à la sécurité IA gérée
La collaboration entre ilionx et Noma est donc particulièrement intéressante pour le marché belge, car elle préfigure ce qui va arriver.
La sécurité de l’IA semble progressivement évoluer d’une catégorie technologique distincte vers une composante à part entière des opérations de sécurité quotidiennes.
Pour les MSP et MSSP belges, cela pourrait également représenter une nouvelle opportunité de revenus récurrents. Après le « managed workplace », le « managed cloud » et la « managed security », la « managed AI-security » pourrait constituer le prochain volet de l’élargissement de leur portefeuille de services.
La question n’est donc pas tant de savoir si les SOC belges devront également surveiller les agents IA, mais surtout à quelle vitesse cette responsabilité fera partie intégrante de leur offre de services standard.
