L’Europe souhaite réduire sa dépendance vis-à-vis des fournisseurs de cloud américains. Avec des initiatives telles que le SAP Sovereign Cloud, les nouveaux modèles de cloud souverain de Microsoft et les investissements d’acteurs européens tels que OVHcloud et team.blue, la lutte pour la souveraineté numérique s’accélère. Pour le canal informatique, cela pourrait ouvrir un nouveau marché autour des migrations vers le cloud, de la conformité et de la sécurité.
La souveraineté numérique devient un enjeu stratégique sur le marché européen du cloud. SAP et Sopra Steria ont récemment annoncé une collaboration autour du SAP Sovereign Cloud, destiné à faire fonctionner les systèmes critiques dans le respect de la législation et de la gouvernance européennes.
Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large dans lequel les hyperscalers et les entreprises technologiques européennes se positionnent autour d’une question fondamentale : qui contrôle les données et l’infrastructure numérique de l’Europe ?
SAP et Sopra Steria visent les secteurs réglementés
La collaboration entre SAP et Sopra Steria se concentre dans un premier temps sur les secteurs où le contrôle des données et la conformité sont essentiels, tels que les administrations publiques, la défense, les institutions financières et les infrastructures critiques.
Avec le SAP Sovereign Cloud, SAP souhaite offrir aux organisations la possibilité d’exécuter des applications d’entreprise dans un environnement cloud entièrement soumis à la réglementation européenne. Sopra Steria agira en tant que partenaire clé pour la mise en œuvre et l’intégration, et accompagnera les organisations dans la migration de leurs systèmes vers cet environnement.
Pour SAP, il s’agit d’une étape stratégique visant à renforcer sa position en Europe sur un marché où le cloud, la conformité et la géopolitique sont de plus en plus étroitement liés.
Les hyperscalers adaptent leur stratégie
SAP et Sopra Steria ne sont pas les seuls acteurs à miser sur la souveraineté numérique. Les grands hyperscalers adaptent également leur stratégie à la demande européenne pour un contrôle accru des données.
Ainsi, Microsoft élargit son offre autour du cloud souverain avec des solutions telles que Azure Local et Microsoft 365 Local, qui permettent aux organisations d’utiliser les fonctionnalités du cloud dans des environnements entièrement contrôlés, même sans connexion permanente à l’infrastructure cloud publique.
Microsoft travaille avec différents modèles, notamment le cloud public souverain, le cloud privé et les clouds partenaires nationaux, afin de donner aux organisations plus de contrôle sur les données, les clés de chiffrement et la gouvernance.
AWS et Google Cloud développent également des initiatives similaires, tandis que les acteurs européens tentent de mettre en place un écosystème alternatif.
Encadré : Qui construit le cloud souverain européen ?
La bataille pour la souveraineté numérique est menée par plusieurs entreprises technologiques.
SAP
Avec SAP Sovereign Cloud, l’entreprise souhaite offrir aux organisations un environnement cloud entièrement soumis à la législation européenne.
Microsoft
Avec Azure Local et des modèles de cloud nationaux, Microsoft tente de répondre aux exigences européennes en matière de souveraineté des données.
AWS
Amazon travaille à la mise en place d’un cloud souverain européen avec sa propre gouvernance européenne.
OVHcloud
Le fournisseur français se positionne comme une alternative européenne aux hyperscalers.
team.blue (Combell)
Le groupe d’hébergement européen derrière Combell et TransIP construit un réseau de plateformes cloud et de centres de données européens.
Les acteurs belges se positionnent également
Ce thème est particulièrement pertinent pour la Belgique. Le pays abrite non seulement des institutions européennes, mais aussi un secteur financier important et de nombreuses organisations internationales.
Cela crée des opportunités pour les intégrateurs de systèmes, les fournisseurs de cloud et les fournisseurs de services gérés qui accompagnent les organisations dans la mise en place d’architectures cloud souveraines, la conformité et les stratégies de cloud hybride.
Les acteurs locaux répondent également à la demande croissante en matière de résidence des données en Europe. Ainsi, team.blue, le groupe numérique européen derrière Combell, TransIP et Proserve, entre autres, développe un réseau de centres de données et de plateformes cloud européens qui permet aux organisations de conserver leurs données sous juridiction européenne.
Récemment, team.blue a également été nommé VMware Cloud Service Provider (VCSP) Pinnacle Partner, le statut de partenaire le plus élevé dans le cadre du programme de partenariat VMware renouvelé de Broadcom. Cette position donne accès à une technologie cloud avancée et à une assistance pour les infrastructures basées sur VMware.
Pour le marché belge, cela revêt une importance particulière via Combell, qui joue un rôle important au sein du groupe dans le domaine des services d’hébergement et de cloud pour les entreprises et les PME.
Qu’est-ce que cela signifie pour le canal informatique ?
L’émergence du cloud souverain pourrait créer un nouveau marché pour le canal informatique dans les années à venir.
Les entreprises et les gouvernements auront en effet besoin de partenaires pour : Pour les intégrateurs de systèmes, les MSP et les partenaires SAP, cela peut déboucher sur de nouveaux projets liés à la transformation cloud, à la sécurité et à la conformité.
- les migrations vers des environnements cloud souverains
- les architectures de conformité et de gouvernance des données
- la sécurisation des charges de travail critiques
- les stratégies cloud hybrides entre les hyperscalers et l’infrastructure locale
Selon Gartner, les investissements dans les infrastructures de cloud souverain en Europe devraient également connaître une forte croissance. Les analystes s’attendent à ce que le marché passe d’environ 6,2 milliards d’euros en 2025 à plus de 21 milliards d’euros d’ici 2027.
La bataille européenne du cloud s’accélère
L’alliance entre SAP et Sopra Steria montre que la souveraineté numérique n’est plus un débat purement politique, mais de plus en plus une réalité technologique et commerciale.
Dans un marché européen du cloud dominé pendant des années par les hyperscalers américains, la bataille pour l’indépendance numérique semble donc définitivement lancée.


